Pour ma Bouquinerie

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 Mélu : Rose Morte nous plonge dans une période historique à la fois sombre et très raffinée. D’où vous vient cet intérêt pour cette période historique et ses conflits politico-religieux ?

Céline Landressie : Je n’ai pas d’intérêt particulier pour la période citée, mais plutôt pour l’histoire de France en général. Lorsqu’on prend le temps de se pencher sur notre passé, on s’aperçoit combien celui-ci peut être riche. Chaque période de l’histoire présente son intérêt propre, ses figures emblématiques – dont certaines ont eu un destin romanesque, digne des plus grandes fictions –, et ses enjeux géopolitiques. Quand l’on prend de la hauteur part rapport à tout cela, l’on peut voir combien chaque époque a contribué, par touche successive, à façonner ce que nous sommes aujourd’hui.
Si j’ai choisi comme cadre la fin du XVIe siècle, ce fut davantage à des fins scénaristiques que pour répondre à un attrait particulier. D’ailleurs, ce siècle m’était assez méconnu, et pour satisfaire à mes exigences de réalisme et de crédibilité, j’ai dû beaucoup me documenter.

Mélu : Il me semble que la veine fantastique du roman se démarque des romances à la mode dans la bit-lit et renoue avec le mystère et l’horreur. Quels sont vos références, vos influences, vos envies en la matière ?

Céline Landressie : Je suis tout à fait ravie que vous ayez noté une différence, car à mon sens, cette saga ne s’inscrit pas sous l’étiquette bitlit. J’ai quelques difficultés avec le terme, pour ne rien vous cacher. Selon moi, la bitlit est davantage un mouvement commercial qu’autre chose. Il s’agit d’une dénomination éditoriale créée pour être fashion, sous laquelle on a rassemblé des romans susceptibles de plaire au public visé initialement, soit un lectorat d’adolescent et de jeunes adultes. Je ne me retrouve pas dans cette tendance, ni dans ce que j’ai pu apercevoir des romans qualifiés comme étant de la bitlit. En vérité, je ne comprends pas même l’utilité de cette dénomination. Il existait déjà les termes « fantasy urbaine » pour désigner les univers fantastiques contemporains peuplés des créatures mythiques – sorcières, loup-garou, fées, démons, etc. Cette appellation me semblait parfaitement adaptée pour désigner les ouvrages en question. La seule explication que je vois à la naissance de l’estampille éditoriale « bitlit », prétendant fusionner fantasy urbaine et littérature vampirique, est purement commerciale. En ce qui me concerne, je fais le distinguo : bitlit et littérature vampirique ne sont pas identiques. Bien que l’on puisse traiter de créatures à crocs dans l’une et l’autre catégorie, et même si – inconscient collectif et poncifs aidant – des points concordants se retrouvent dans les ouvrages des différents types, le traitement en est lui différent.

Je n’ai rien contre les romans labellisés bitlit, d’une part car il est important que le paysage littéraire soit varié afin de satisfaire toutes les inclinaisons du lectorat, et d’autre part parce qu’il y a certainement de bons titres à ranger dans cette catégorie. Ce qui m’ennuie, en revanche, c’est que littérature vampirique et bitlit ne semblent pas pouvoir coexister. Pourquoi ? Eh bien, force est de constater que ces dernières années, la bitlit a littéralement asphyxié son aïeule sous sa masse. À tel point que cela a contribué à décrédibiliser le sous-genre initial, pourtant éminemment respectable. Lorsque vous mentionnez les mots « littérature vampirique » aujourd’hui, une grande partie du public entend « bitlit ». Il pense alors Twilight ou Vampire Diaries, et s’imagine illico que vous écrivez des historiettes pour adolescents post-pubères. C’est dommage.

Je ne connaissais pas du tout le terme « bitlit » avant que mon éditeur ne le prononce dans une conversation. J’étais même passée totalement à côté du battage médiatique fait autour des romans/films/séries susnommés ; je ne les ai découverts qu’au terme de l’écriture de « La Floraison ». Cela m’a fait un choc, je dois dire. J’avais la sensation qu’à cause de cela, personne ne voudrait donner sa chance à Rose Morte. Fort heureusement, les éditions de l’Homme Sans Nom se sont avérées bien au-dessus de considérations purement marchandes. La richesse et l’intelligence des textes sont au cœur des choix éditoriaux d’HSN. C’est ce qui en fait l’une des meilleures maisons d’édition en activité.

De surcroît, depuis la sortie de la Floraison, j’ai pu constater que non seulement le public avait une réelle curiosité pour une littérature plus recherchée, mais qu’il avait aussi des goûts bien plus subtils et plus vastes que ce que le matraquage commercial pourrait laisser croire. Comme quoi, il faut toujours faire confiance aux lecteurs ! D’ailleurs, je ne les remercierais jamais assez de se pencher sur cette saga  avec un tel enthousiasme. Pour moi, c’est extrêmement précieux. Pour refermer cette longue parenthèse, je dirais donc que mon domaine de prédilection est le fantastique. Et, dans le cadre de Rose Morte, le sous-genre littérature vampirique ; lequel est tout de même vieux de près de deux cent ans. Le mythe de la créature buveuse de sang a, quant à lui, précédé le genre littéraire de plusieurs siècles, sous divers noms et à travers des dizaines de pays. Nous désignons aujourd’hui la créature en question sous une unique appellation, mais c’est une déformation due à la culture moderne – notamment pour cause du succès des écrits de John Polidori, puis de ceux de Bram Stocker. Il ne faut cependant pas oublier que le mythe lui-même est ancestral, et, surtout, protéiforme. En conclusion, ce n’est pas que Rose Morte renoue avec le mystère et l’horreur, mais plutôt qu’il n’a jamais quitté les fondamentaux de la littérature fantastique et vampirique.

Après cette longue digression, j’en reviens à la question concernant mes références. En toute honnêteté, je n’ai pas de références précises. J’aime énormément de choses. Mes influences sont de ce fait composées de tout ce qui me fait vibrer, aussi bien dans les domaines fantastiques que classiques, que ce soit littéraire ou cinématographique. Toutefois, si je devais citer des noms pour tenter de définir mes inspirations, je dirais qu’il y a dans ma plume et mon univers un peu de Bram Stocker, de Jane Austen, de Stephen King, de Pierre Choderlos de Laclos, d’Anne Rice, d’Agatha Christie… et de Stan Lee ^^ ! Un éventail particulièrement vaste, qui se nourrit d’une multitude d’éléments hétéroclites.

Mélu : La quatrième de couverture est particulièrement énigmatique, et le mystère est savamment entretenu tout le long du roman sur sa réelle teneur: est-ce difficile de rester dans une telle retenue? N’y a-t-il pas un peu de frustration?

Céline Landressie : C’est peut-être étrange, mais non, je n’ai pas ressenti de frustration en entretenant le mystère. Au contraire. Il semble que j’ai ce que mes proches appellent « le sens du détail ». Je me plais d’ailleurs à semer de-ci de-là des détails qui ne seront compréhensibles qu’avec le recul d’un ou plusieurs tomes.
Cette saga, je l’ai pensé dans son entièreté (du moins, pour les grandes et moyennes lignes), je l’ai travaillé, j’ai rédigé des pages et des pages de notes à propos d’éléments qui ne seront peut-être jamais mis en lumière, mais qui influencent pourtant le récit chaque fois que je prends la plume. La densité de cet univers est une source d’inspiration en soi. Le seul inconvénient est qu’il me faudra sûrement faire des choix pour déterminer quels éléments seront révélés, et quels autres seront passés sous silence.
Si la quatrième de couverture est aussi énigmatique, c’est en partie dû à mon insistance auprès de l’éditeur pour ne pas que soit révélé le sous-genre auquel cette saga appartient. Il ne s’agissait pas de coquetterie, mais plutôt de prudence. Le phénomène bitlit m’ayant rendu très circonspecte, mon éditeur a respecté cette inquiétude et s’est évertué de rédiger une accroche qui ne cantonnerait pas le roman à une seule étiquette. Car à bien y regarder, Rose Morte est plus proche de l’hybride que du roman fantastique lambda (si vous me permettez ce raccourci). On trouve certes dans ces pages du fantastique, mais aussi de l’historique, du polar, du romantisme, et même une pointe d’horreur parfois. Sa narration oscille entre modernisme et classicisme, à l’image du récit lui-même qui présente un personnage résolument avant-gardiste évoluant dans un siècle où l’obscurantisme était encore roi… L’éditeur a su respecté cela en rédigeant une quatrième de couverture qui n’écarterait aucun des publics susceptibles d’être intéressés par cet univers. Je lui en suis très reconnaissante.

Mélu : Le tome 2 de Rose Morte sort bientôt : pouvez-vous nous en dire plus sur cette série et ce qui l’attend ?

*à propos du tome 2 !* Céline Landressie : Alors, que vous dire qui ne gâchera pas le plaisir de la découverte… D’abord, comme toute saga qui se respecte, le second tome entrera plus rapidement dans son sujet que le premier. La Floraison entraînait le lecteur à la suite de l’héroïne dans son périple entre monde pragmatique et fantastique. Au commencement de Trois épines, le second tome, cette transition est déjà effectuée. Elle est acquise. Ce qui ouvre beaucoup de perspectives narratives…
D’autre part, le contexte historique sera légèrement en retrait dans le deuxième opus, ce pour une simple question de cohérence contextuelle et scénaristique. Puis, si je qualifie volontiers cette saga d’historico-fantastique, le maître mot est et restera toujours « fantastique ». La petite prise de distance avec le décor historique facilitera sans doute la compréhension du texte, par certains aspects… Je m’étendrais volontiers sur le sujet mais, je ne le peux pas encore. J’aurais sans doute l’occasion d’y revenir après la sortie du livre.
Enfin, la tonalité très intimiste, voire introspective, de la narration sera identique. La psyché des personnages est un point d’orgue. Il me serait impossible de ne pas me pencher sur la complexité des relations humaines, puisque selon moi, le rapport à autrui est au cœur de toute chose.

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Merci à Mélusine pour cette interview :) !

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